Le naufrage des civilisations – Amin Maalouf

Avec ce nouvel ouvrage sans doute plus personnel ou en tout cas plus directement en prise avec son histoire personnelle, Amin Maalouf apporte un véritable point de vue, au sens propre du terme, sur l’état du monde et de ses conflits. Pour se faire, il commence par dire d’où il parle, d’où il voit, et c’est ce qui rend unique et précieuse son analyse des dernières décennies. Amin Maalouf « part » donc de chez lui, de ce « Levant » disparu qui auraît pu/dû servir d’exemple et de modèle tant les différentes communautés et religions y vivaient de façon pacifique et complémentaire, et qui a abouti à l’inverse, important les mécanismes de sa désintégration là où il aurait dû exporter sa capacité à cohabiter, à faire du commun. Ce point de vue lucide, honnête, empreint de tristesse et d’un sincère amour de l’humanité met sous la loupe de nombreux « pourquoi » dont finalement l’on n’avait pas, d’où nous voyons, mesuré l’importance ni les effets. En ce sens, le livre est un outil indispensable pour comprendre la genèse des crises actuelles. Car les évènements, cet observateur avisé, les a d’abord vécus. « les facteurs qui cimentent et les facteurs qui fragmentent », « les tournants qu’il aurait fallu prendre et qui n’ont pas été pris ». Une implacable succession d’erreurs qui commence avec les grandes figures que sont Nasser et Churchill, et qu’on n’arrivera plus à endiguer. Le tournant de 1979 qui voit d’un côté la révolution conservatrice proclamée par Margaret Thatcher essaimer dans tout le monde occidental, et de l’autre, une autre révolution conservatrice, en Iran, qui va exporter son modèle vers tout le moyen orient … Les conservatismes devenant révolutionnaire, le progressisme recule qui faisait ciment pour construire des ponts, pas des murs, entre les hommes. Perte des valeurs, légitimation des disparités, montée des égoïsmes, des intégrismes, des identités agressives… Regardant vers l’avenir, Amin Maalouf met en garde contre les nouveaux totalitarismes, la dérive Orwellienne qui gagne nos sociétés. Alors pessimiste ? Pas complètement. Car il s’agit ici de prendre conscience. Avant tout. Avant qu’il ne soit trop tard. Amin Maalouf garde une lueur d’espoir. Le monde ne s’apaisera pas demain. Après-demain ? « Le pire n’est jamais certain ». On espère qu’il aura raison jusqu’au bout. Et on a bien compris que cela viendra aussi de nous. Le naufrage des civilisations d’Amin Maalouf. Grasset.

Un commentaire

  1. Belle chronique d’un auteur dont le regard ne peut pas me laisser indifférent. Je note car c’est dans mes préoccupations actuelles et dans le ton de mon blog axé sur mes essentiels de la littérature et des idées… Amin Maalouf doit y être à un moment ou un autre.

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