Inventer les couleurs – Gilles Paris (illustrations d’Aline Zalko)

Il y a une vieille blague qui dit que quand un père offre un train électrique à son fils, c’est autant pour lui que pour l’enfant. On peut transférer cela aujourd’hui à certains jeux vidéo (Super Mario si tu nous entends…) et d’une façon plus noble à certains livres. Celui-ci en fait partie. Comme les trains électriques et certains jeux vidéo, il s’adresse aux enfants (et paraît en collection « jeunesse ») mais aussi et toujours à ce qu’il reste d’enfance en chaque adulte, ou plutôt à l’enfant qui reste en lui et qui est souvent simplement « devenu », là où il rêvait d’advenir… Hyppolite, le jeune héros de ce récit, a un remède, comme une paire de lunettes miracle, pour voir la vie autrement : les couleurs. Des couleurs vives – plus que vives comme on dirait plus que parfait (pour paraphraser la belle formule de Jérôme Attal) – donc plus fortes que la vie. Des couleurs d’ailleurs magnifiquement portées par les illustrations d’Aline Zalko. C’est toute la beauté et la poésie du texte de Gilles Paris, connu entre-autre pour son roman «Autobiographie d’une courgette », adapté en animation au cinéma sous le titre « Ma vie de courgette ». Des couleurs, il y en a plein ce livre, comme plein la tête du jeune Hyppo. Des couleurs majuscules dans une vie qui ne l’est pas. Sa mère est partie avec le voisin (par ailleurs père de son meilleur copain) en Thaïlande où la vie est meilleure, et lui est resté avec ce père qui sent la bière, la cigarette et le désespoir. Il y a des moments de pure grâce là-dedans comme par exemple quand l’enfant, lové au cou de ce père, aime cette odeur, car il sait qu’il suffira de renifler une canette de bière décapsulée pour sentir sa présence quand il lui manquera. Cette faiblesse en lui est aussi aimée car présente. Présence. Même grise-mine. Les couleurs, elles, sont dans les dessins d’Hyppolite, qui réinvente à sa façon les choses, les gens. Elles sont aussi parmi les élèves de la classe. Un apprentissage du monde, dont les couleurs s’assemblent, aussi, à l’école. Gilles Paris s’autorise au passage avec humour quelques facéties, bien plus profondes qu’il n’y paraît, sur les noms des professeurs. Le prof de Math se nomme Mr Hélicidine (un sirop pour la toux), comme si ce qui était là pour « apprendre » ne faisait en fait que traiter les symptômes de la vie. Hyppolite dessine comme il crierait. Fort. Et il y a beaucoup dans cet enfant de l’enfant en nous, qui voyait de plus belles couleurs. C’est une des leçons de ce texte qui se conclue, pour mieux le souligner, par une joyeuse rébellion finale à l’école, histoire pour les enfants de défier ce qui sert de règle, de norme, bref de cadre autour du tableau. Rester l’enfant en soi qui veut voir plus beau, quitte à inventer des couleurs là où elles n’existent pas, voilà ce qu’Hyppo compte bien apprendre à son père. Et Gilles Paris rappeler à tous les anciens enfants.  Inventer les couleurs. Gilles Paris (illustrations d’Aline Zalko). Gallimard jeunesse GIBOULEES (à partir de 10 ans).

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