Matador Yankee – Jean-Baptiste Maudet

D’abord le titre. Imparable. Ca pourrait être celui d’un poème de Bukowski, d’une chanson de Tom Waits, d’un film des frères Coen ou d’un western de Sergio Leone. Et il y a de tout ça dans ce livre. Aussi bien et aussi fort. C’est un livre qui se lit comme un film. D’ailleurs tout est cinématographique dans ce roman, écrit d’une plume forte, d’une capacité à faire naître les images, mais aussi à capter les regards ou les attitudes, hors du commun. On se fait embarquer dès l’instant où l’on pose un pied dans le bus avec le personnage de Harper, à la façon qu’il a -en cinq lignes- de se caler dans le siège et de jauger les passagers qui montent, jusqu’au moment où une vieille indienne pas plus haute que les rangées de sièges vient s’asseoir à côté de lui. Ils passeront la nuit l’un à côté de l‘autre comme beaucoup de gens sur terre, sans rien se dire ou presque, mais pas tout à fait seuls. Direction le Mexique des montagnes, l’altitude, les paysages ravinés, les indiens et les fêtes agricoles, entre superstitions et splendeur. On embarque, comme dans une salle obscure devant un bon film. C’est d’ailleurs aussi parce que le roman est imprégné de cinéma et de références cinématographiques qu’on le « voit » aussi bien. Le cinéma, il est annoncé dès l’épigraphe tiré d’un poème de Sam Shepard. Comme au cinéma. Comme la vie imitant le cinéma. Surtout quand la vie n’arrive pas à se vivre, comme celle du héros, Juan Harper, ou plutôt John, un matador américain, cowboy de rodéo aussi quand il le faut, dont la vie se dilue entre arènes et alcool, entre déserts et montagnes. Surement un peu tordu, mais en tout cas droit dans ses bottes. Un gars couvert de cicatrices (et pas seulement dehors) né d’une mère Mexicaine et qui pense devoir sa chevelure blonde à Robert Redford. Un gars, dont le soir titube entre bières et Tequila, qui semble habiter un destin révolu, trop grand pour lui, qu’il s’efforce de rétrécir à la taille d’une vie humaine, à la place qui reste. Mais un gars qui fait ce qu’il faut. Ce qu’il doit. Comme un de ces derniers héros dont il a voulu chausser les bottes éculées. Le Sundance Kid dont il a les boucles couleur de blé. Alors quand il arrive à destination, dans un trou perdu, et qu’un colosse facétieux l’attend avec une pancarte Mister Gringo Torero, il y a un changement de programme, rien d’embêtant… il ne se doute pas qu’il va se retrouver pris dans un engrenage qui va l’emmener sur les routes du danger et de la rédemption en compagnie d’un notable roublard, une beauté campagnarde et un vieil apache allumé. Il ne s’en doute pas, mais comme il prend ce qui vient, il n’en doute pas non plus. Le récit oscille de façon jubilatoire entre le tragique, le burlesque et l’héroïque, au milieu de personnages au ras du sol mais hauts en couleur, poétiques, abimés, impénétrables mais qu’on a vite l’impression d’avoir pour amis tant ils exultent de vie. Alors on part pour un roman qui fonce sur des routes au bord du précipice, cambre le dos à la charge du taureau, descend des litres de tequila, baise à pleines mains et caracole entre les ornières et les ravins, les ordures et les saints. Un roman Mexicain. Un roman Américain. Un roman Français. Qui se lit d’une traite. Les yeux parfois éblouis par le soleil, le souffle raccourci par l’altitude ou peut-être la force du style et de l’écriture. Fondu au noir. Générique de fin. Applaudissements. Matador Yankee. Jean-Baptiste Maudet. Editions Le passage. 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s