Mon désir le plus ardent – Pete Fromm

Au milieu coule une rivière. Ou plutôt un torrent. Puissant, rapide, rugissant, agité de remous, explosant la beauté de ses embruns sur le bleu du ciel d’été comme un feu d’artifice ou les fracassant avec une rage féroce sur les rochers durs et froids. Un torrent de vie. Un torrent de joies. Un torrent de larmes. Pour descendre ce torrent vertigineux, le cœur battant, Maddy et Dalton ont un bateau, un raft, comme celui sur lequel ces deux guides de rivière pagaient ensemble entre rapides et obstacles. Ce radeau est l’amour. Un amour aussi léger qu’il est absolu. Aussi solide qu’il est évident. Aussi insubmersible qu’il est profond. Un amour que jamais rien ne pourra nier. Ni détruire. Ensemble c’est tout. Un tout qui emporte tout le reste, qui le contient, le retient, le détient. Alors peuvent venir les bonheurs et les douleurs, les naissances et les deuils, les enfants et en même temps… la maladie. Peu importe. Maddy et Dalton rament ensemble, se portent à bout de bras, à bout de souffle, à bout d’amour. On l’aura compris, leur vie n’est pas un long fleuve tranquille. La nature est sauvage et imprévisible, dans tous les romans de Pete Fromm, ancien Park ranger devenu écrivain. Si vous avez lu, « Indian Creek », roman avec lequel je l’avais découvert, vous en connaissez déjà la grave beauté. La nature et la vie. Un monde. En soi. Ce qui frappe ici, c’est la puissance de l’écriture. Chaque page, presque chaque ligne, vient vous cueillir comme un uppercut. Rarement écriture touche si juste, si fort, et j’ai dû souvent m’arrêter pour reprendre mon souffle, récupérer d’une ligne de dialogue, d’une scène, d’un regard porté ou posé, avant de pouvoir continuer, groggy comme un boxeur. Transporté par l’émotion. Pete Fromm réussit le miracle d’écrire un livre rassurant, d’une intense beauté, avec une histoire qui pourrait être moche et désespérée. Amour mode d’emploi. Ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Ces personnages s’en servent tellement, à chaque instant, à chaque respiration qu’il est affuté et tranchant comme une lame de poignard. Le genre de chose qui sauve la vie dans la nature hostile. Qui sauve de tout et qui sauve tout en même temps. Tout.  Encore. Toujours. D’une écriture vive, visuelle, et d’une acuité rare, Pete Fromm délivre des personnages de chair et d‘âme, dont la force est l’autre, et pour l’autre. Il réussit au passage le tour de force d’écrire à la première personne un personnage féminin juste jusqu‘au moindre battement de coeur. « Ce qu’il faut de chaos pour accoucher d’une étoile filante » disait Nietzsche, ce qu’il faut d’étoile pour faire du chaos de la vie un feu d’artifice, pourrait répondre ce roman intense et pourtant léger à lire, comme l’amour des personnages, comme l’amour véritable, celui qui porte au lieu de peser. Le titre original « If not for this » résume bien le sentiment que l’on garde en terminant le livre, submergé par la beauté du dernier chapitre. Si c’est pas pour ça ? La réponse est contenue dans la question. Mon désir le plus ardent de Pete Fromm,  aux éditions Gallmeister. (If not for this).

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