Mollusque – Cécilia Castelli

Sur la plage abandonnée, coquillages et crustacés… Ici, ce n’est pas la plage qui est abandonnée mais Gérard, et les coquillages et crustacés, il les avale par plateaux entiers pour quinze euros au Rhino, une paillotte face à la mer. Bien sûr, pour bénéficier de ce tarif (à volonté les fruits de mer, hein), il faut un mot de passe. Un mot de passe que connaît Patrice, son alter ego, son meilleur ami, son autre lui-même. Celui-là même qui abandonne Gérard pour cause de régime, début d’une lente transformation en…bigorneau. Ce qui vient de la mer retournera à la mer. C’est le cycle de la vie, mort incluse, comme le service sur l’addition. Gérard n’aime pas la mer. Il a une bonne raison pour ça. Mais là c’est une crique. C’est pas pareil. Et il y a Patrice. Tout ce que touche ou embrasse du regard Patrice est sublimé par sa présence. Il y a du John Singer (le cœur est un chasseur solitaire) dans ce Gérard. De la tendresse. De l’amour inconditionnel en costume d’amitié. Et il y a du Ignatus. De la démesure. Du burlesque. Du déjanté. Gérard est gros. C’est un gros problème qui lui a valu moqueries et humiliation. Ses pires souvenirs. Ses blessures. Ses renoncements. Son apparté des autres. Gérard n’aime pas la mer. Il a compte à régler avec elle. Et puis Gérard n’aime pas Danièle, que la mer a apportée. Parce que Patrice embrasse Danièle, et pas que du regard. Gérard aime Patrice. Et les fruits de mer. Et c’est peut-être pour ça que Patrice se transforme en bigorneau… Ecrit d’une plume au scalpel qui multiplie les punchlines et les moments baroques, Mollusque pourrait n’être qu’un opus à ranger au milieu d’autres transformations prestigieuses, de Kafka à Darrieussecq, en passant par Ionesco. Mais cette déclaration d’amour en délire (Gérard est un descendant de Nerval) écrite sur le ton de la confidence, d’un « tu » pour mieux dire « je », touche juste, frappe au cœur et au final dit plus vrai que vrai. Sur la solitude. La souffrance. Sur l’amour. Le vacarme silencieux de la mer. La quête désespérée d’un sens dans un monde absurde qui pille les océans, d’où vient la vie et où elle retournera. Le monde et les temps changent. Les gens aussi. Cecilia Castelli mène ce court OVNI littéraire avec brio vers un final maitrisé et émouvant. Mollusque surement, mais pas mou du genou. Mollusque de Cécilia Castelli. Editions Le Serpent à plumes. 

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