Des diables et des saints – Jean-Baptiste Andrea

Il y a les romans. Il y a les romans qu’on lit, que l’on repose, que l’on reprend. Il y a les romans que l’on aime, que l’on n’aime pas, qui tombent des mains, qu’on abandonne, il y a les romans qu’on termine parce qu’il le faut bien et que l’on oublie à peine terminés. Et puis il y a ces romans. Ceux-là. Ceux qu’on lit en se retenant de tourner les pages, comme on retient son souffle. Pour ne pas les finir trop vite. Par peur d’en rater une phrase, un mot, un instant de grâce et de beauté, quelque chose de la vie, un souffle donc. Du souffle, « Des diables et des saints » le roman de Jean-Baptiste Andrea n’en manque pas. Un souffle fort et puissant comme le vent des montagnes. Il y a des montagnes dans les romans de Jean-Baptiste Andrea, des montagnes où le ciel s’accroche, perclus d’étoiles et rêves. Alors dans ce roman, il y a des montagnes. Il y a surtout des diables et des saints, c’est à dire des hommes. Encore des enfants. Sur les toits de l’institution les confins, une poignée d’orphelins s’inventent des vies pour réparer la leur. Parmi eux il y a Joe. Au-dessus de lui, il y a le ciel, et ce type dont personne ne sait jamais le nom, qui tourne seul en orbite dans son module Apollo 11 pendant que ses deux collègues Armstrong et Aldrin marchent sur la lune. Un type qui attend. Un pas de géant. Nous sommes en 1969. A quelques étoiles de là, sous le même ciel, il y a Rose. Rose dont le nom rime avec la tuberculose dont elle se remet. Un souffle encore, mais coupé. Des années plus tard, Joe, le gosse qui regarde les étoiles est devenu Joseph, cet homme élégant qui joue sur les pianos de gare et d’aéroport, vous l’avez forcement croisé un jour où l’autre. Il joue admirablement bien. Il attend, il attend l’arrivée des trains, des avions. Il attend comme Michael Collins, c’est ça le nom de l’astronaute, attendait dans cette minuscule capsule tournant autour de la lune. Il attend quoi ? Il attend qui ? Pour le savoir, il vous faudra vous laisser emporter par ce roman au style magnifique et poignant. Un roman d’enfances cabossées, beau et douloureux comme un ciel percé d’étoiles. Un roman sombre et lumineux, éclairé de phrases inoubliables, comme des phares dans la nuit. Jean-Baptiste Andrea a tout pour se faire haïr de ses pairs. N’importe quel écrivain normalement constitué et suffisamment bouffi d’orgueil devrait aller casser un à un tous ces stylos plumes dont il est grand connaisseur et amateur (je le tiens de sa bouche, l’ayant croisé sur un salon littéraire) pour le punir d’écrire aussi grand des choses aussi belles. Non, tout écrivain normalement constitué, honnête en littérature, et doué d’un amour suffisant du genre humain, devrait s’incliner d’un salut fraternel, lui offrir un nouveau stylo plume, et prier pour qu’il nous écrive au plus tôt un autre roman de la même trempe. Parce que Jean-Baptiste Andrea est un putain d’écrivain ! Jean-Baptiste Andrea – Des diables et des saints – Editions l’Iconoclaste.

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