Nickel boys – Colson Whitehead

Un grand boxeur sait terminer un match. Une frappe directe, puissante, inattendue et pourtant travaillée depuis le début. Avec force. Avec style. Avec rage aussi. On appelle ça la classe. Le talent. Ou la vérité qui vous arrive en pleine figure. Brute. Crue. Implacable. Comme le dernier chapitre de Nickel boys de Colson Whitehead, qui vous cueille à vous faire cracher vos larmes et vos dents. Celles que vous avez contre l’injustice, la haine absurde, et le racisme ordinaire érigé en système. Les dents. Et les larmes. Dans cette Amérique des années soixante qui n’en finit pas de hoqueter ses lois Jim Crow, le jeune Elwood Curtis est bien plus inspiré par les discours de Martin Luther King que par les prouesses de Cassius Clay (qui s’appelle encore comme ça à l’époque). Mais la voie de rectitude qu’il se trace avec une intelligence prometteuse va dérailler sur l’aiguillage d’une erreur judiciaire, autrement dit l’arbitraire des blancs. Une maison de redressement, comprendre d’écrasement. Cruauté. Petits trafics. De jeunes adolescents y sont livrés à la dégueulasserie humaine, l’abjection crasse, parce qu’ils sont noirs et pour la plupart orphelins. Elwood luttera de toute son humanité meurtrie pour sortir en homme de cette machine à broyer, mais aussi à tuer comme en témoigne le cimetière clandestin mis à jour des années plus tard par un chantier de construction. Dans ce roman lauréat du prix Pulitzer (c’est le deuxième pour Whitehead après le bouleversant Underground railroad, magistralement adapté en série par Barry Jenkins), ce sont les plaies encore ouvertes de l’Amérique qui saignent comme celles laissées par les brimades et les coups de fouets. C’est aussi une grande leçon de dignité et de courage. Et de littérature. « Dites leur que je suis un homme » écrivait l’immense Ernest.J.Gaines, Colson Whitehead le crie, poings serrés, d’une voix à faire trembler les murs et les âmes, dans un final éblouissant. Victoire par K.O ! 

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